Un artiste
exécute un croquis en préparation d'une peinture. Un
sculpteur fabrique une maquette avant de réaliser une sculpture.
Un graveur utilisera une plaque de métal ou un bloc de bois
gravé pour obtenir une estampe.
A la différence du croquis et de la maquette auxquels on
attribue une valeur artistique et esthétique, plaque et bloque
ne sont bien souvent virtuellement considérés que sous
l'angle de leur fonction. Ils apparaissent alors comme de simples
moyens destinés à la réalisation de
l’œuvre.
De la même façon, pour les japonais, les
Katagami
(pochoirs utilisés pour décorer les tissus), à
l'image des plaques ou des blocs, étaient principalement
regardés du point de vue de leur fonctionnalité.
Cependant, lorsque l'Occident et les Impressionnistes
découvrirent les estampes japonaises au 19ème
siècle, les Katagami furent également très
prisés par les collectionneurs et se
révélèrent d'une formidable source d'inspiration
pour de nombreux artistes.
Dès 1892, Andrew TUER publia un livre qui est
sans aucun doute la première et la plus remarquable tentative de
présentation de cette forme d'art aux occidentaux qu'il
décrit comme «
Le livre
des délicieux motifs étranges représentant une
centaine d'illustrations de l'art du pochoir japonais ».
L'auteur y souligne avec force la place centrale du pochoir dans le
travail d'impression et de décoration des tissus.
La fabrication d'un pochoir nécessite la
participation de nombreux artisans. Traditionnellement, on utilise des
feuilles de papier recyclé avec une nette
préférence pour des
feuilles à base de fibre de mûrier.
Deux à quatre feuilles sont réunies pour former un
pochoir. Les feuilles sont recouvertes d'un jus hautement tannique
à base de
kaki fermenté.
Le jus de kaki donne au pochoir sa couleur caractéristique noire
et brune et protége le papier de la moisissure tout en lui
donnant force et souplesse.
Les katagami sont utilisés pour la
décoration d'étroites bandes de tissu. L'étoffe,
habituellement de coton et ainsi décorée, est ensuite
transformée en vêtement simple et bon marché. Une
pâte de riz est appliquée sur le pochoir et adhère
au tissu au niveau des espaces vides. Le tissu est alors teint, ce qui
colore l'arrière plan laissant le motif, protégé
par la pâte de riz, apparaître en réserve.
L'étape la plus créative dans la
réalisation d'un katagami reste la conception du motif. Le
créateur doit choisir un ensemble de motifs et les combiner de
façon à obtenir un modèle global harmonieux une
fois le vêtement fini. Parmi l'incroyable variété
de motifs, aussi bien figuratifs qu'abstraits, accumulés au
cours de l'histoire des arts du Japon, c'est peut être
l'art des katagami qui engendra la plus grande créativité graphique.
L'étape finale est le découpage du
motif. Ce travail minutieux nécessite un grand nombre d'outils
de découpe spécialisés, certains pour perforer et
réaliser des formes irrégulières, d'autres pour
couper en ligne droite. Une grande maîtrise du geste est
indispensable car le moindre dérapage peut littéralement
et réellement, ruiner l'ensemble du travail.